Le rouge de la Police militaire : la seule couleur qui définit une réserviste des Forces armées canadiennes

Article / Le 2 mars 2018 / Numéro de projet : 18-0084

Par Natasha Tersigni, 38e Groupe-brigade du Canada

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Février est le Mois de l’histoire de noirs, une période pour rendre hommage aux Canadiens noirs, passés et présents, qui ont servi comme militaire et comme employés civils à la défense et au service du Canada, même avant la Confédération.

Winnipeg, Manitoba — Les paroles de sa mère, « saisis ce qui te rend différente », ont su garder le caporal Peggy Harris motivée et l’ont poussée à entreprendre de nouveaux défis durant sa carrière qui dure depuis près de deux décennies dans les Forces armées canadiennes (FAC).

Pour cette réserviste des FAC au sein du 1er Régiment de police militaire à Winnipeg, ce message l’a gardée motivée pendant ses 17 années de service, trois déploiements opérationnels internationaux et une quantité innombrables de cours et d’affectations. À une époque où de nombreuses femmes canadiennes de couleur pouvaient uniquement rêver des possibilités offertes au Cpl Harris, le membre de la Police militaire (PM) a travaillé fort dans le milieu militaire pour se lancer des défis sans toutefois oublier les femmes qui l’ont précédée et qui ont fait en sorte que tout cela soit possible.

Le Cpl Harris a grandi à Thunder Bay, en Ontario, et elle est la fille d’un père immigrant de la Jamaïque et d’une mère blanche du Canada. Dès son jeune âge, elle a pris conscience qu’elle était différente.

« Ma mère est une blonde aux yeux bleus et elle m’a élevée seule après le divorce de mes parents. C’était difficile parce que nous sortions du lot. Mon frère, ma sœur et moi n’étions pas vus comme des enfants noirs parce que nous n’étions pas suffisamment foncés. Or, nous n’étions pas blancs non plus, alors c’était difficile. Dans ma génération, je suis née en 1977, on ne voyait pas beaucoup d’enfants mixtes, surtout à Thunder Bay. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, on ne voyait pas beaucoup de relations interraciales », a déclaré Cpl Harris en ajoutant que sa mère n’aurait jamais laissé ce fait décourager ses enfants.

« Elle m’a toujours dit ‘N’ait pas honte des choses qui font de toi une personne différente des autres. Saisis ce qui te rend différente parce qu’un jour, c’est ce qui te distinguera des autres’. »

À la fin de son secondaire, le Cpl Harris ne savait toujours pas vers quelle carrière se tourner lorsqu’elle a vu une annonce qui cherchait des PM à temps partiel.

« J’étais maman – je venais de mettre mon fils au monde – et je savais que je devais faire quelque chose, mais je ne savais pas quoi exactement; je n’avais pas fait d’études universitaires ni collégiales. Je voulais devenir policière, mais je savais que j’étais trop jeune pour être embauchée », a affirmé le Cpl Harris.

« Un jour, durant mes recherches d’emplois en ligne, je suis tombée sur une annonce de Service Canada qui cherchait des PM de la Réserve. Cela a piqué mon intérêt. Je suis allée rencontrer l’officier du recrutement, j’ai regardé une vidéo très intéressante sur les PM de la Force régulière, puis j’ai commencé le processus de demande. »

Au fil des ans, le Cpl Harris a participé à un certain nombre d’opérations et de déploiements. Elle a participé à un déploiement en Bosnie, en tant que Protection de la force, et à deux missions en Afghanistan. Sa première mission en Afghanistan a été menée à Kaboul et elle a travaillé à l’Unité nationale de contre-ingérence du Centre du renseignement de toutes sources. Durant son deuxième déploiement en Afghanistan, cette fois à Kandahar, elle a fait partie de l’équipe de liaison et de mentorat des opérations policières, située dans la vallée de la rivière Arghandab, qui offrait du mentorat aux officiers de la police nationale afghane;

Bien qu’il soit arrivé durant sa carrière que sa couleur ait été jugée avant son caractère, c’est principalement son béret de la PM de couleur rouge vif qui a attisé les tensions, jamais la couleur de sa peau.

« Le fait d’être noire n’a jamais eu de répercussions négatives sur moi dans le milieu militaire. Quand on porte un béret rouge, on a tendance à sortir un peu plus du lot. Lorsque je me préparais pour l’une de mes missions, j’ai suivi un cours sur la mitrailleuse lourde de calibre .50 et je suis passée devant de nombreux fantassins durant le processus de sélection pour le cours. L’un des instructeurs principaux s’est demandé comment une PM de la Réserve avait réussi à se tailler une place dans ce cours », a-t-elle dit en riant. Elle a ajouté qu’il lui est arrivé à quelques reprises durant son déploiement en Afghanistan d’être prise pour une interprète et qu’on lui demande de quitter des briefings sur le renseignement alors qu’elle était censée prendre des notes.

« Ça finissait toujours bien et les gens se confondaient en excuses. »

Lorsqu’elle songe aux années qu’elle a passées dans les FAC et qu’elle se prépare pour son déploiement au Koweït en juin pour soutenir l’opération IMPACT, le Cpl Harris ne peut pas passer sous silence le rôle important que les femmes canadiennes ont joué dans sa réussite. On rend souvent hommage à des figures masculines durant le Mois de l’histoire des noirs en février, et le Cpl Harris espère que les contributions apportées par les femmes de couleur canadiennes ne seront pas tenues à l’écart du dialogue.

« Trop souvent, les histoires portent sur des hommes noirs, mettant ainsi de côté les réalisations des femmes noires. Beaucoup de femmes ont contribué à faire briller les hommes durant le mouvement. Des femmes comme Viola Desmond, que l’on qualifie souvent de Rosa Parks du Canada. Elle a défié la ségrégation raciale en s’asseyant au rez-de-chaussée d’un cinéma plutôt qu’au balcon. Elle fut mise en arrestation, mais ce qu’elle a fait a contribué à faire connaître la discrimination raciale qui sévissait au Canada », a expliqué le Cpl Harris.

« Notre histoire et notre société sont remplies de femmes noires fières et cela représente une véritable inspiration pour moi. J’espère que les jeunes filles entendront mon histoire et qu’elles comprendront qu’elles peuvent elles aussi réussir dans ce qu’elles entreprennent. Peut-être qu’elles choisiront d’être une PM dans la Réserve des Forces armées canadiennes et d’avoir la chance de voyager partout dans le monde et d’apporter leur aide à ceux qui en ont besoin. »

À propos de la Jamaïque

La Jamaïque, une île des Caraïbes qui est la troisième plus grande île des Grandes Antilles, est devenue une démocratie parlementaire en 1962, sous le règne d’Élizabeth II. Elle a été conquise par les Espagnols en 1494, puis les Britanniques l’ont envahie en 1655. Les peuples autochtones des Arawaks et des Taïnos ont été décimés par suite des guerres, des maladies et de l’esclavage et, en 1600, ils avaient pratiquement disparu. Les Jamaïcains d’aujourd’hui, qui sont principalement descendants d’Africain, ont aussi des ancêtres européens, chinois hakka et indiens d’Asie. L’esclavage a commencé sous le régime espagnol, et il s’est poursuivi jusqu’en 1838. Aujourd’hui, la Jamaïque est une nation florissante, dont les principales industries sont le tourisme et l’exploitation minière.

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