Des Olympiques à Passchendaele : Le parcours exceptionnel d’Alexander Decoteau

Article / Le 7 novembre 2017 / Numéro de projet : 17-0328

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Par Caroline Fyfe, Affaires publiques de l’Armée

Passchendaele (Belgium) — Le 12 novembre 2017, des Canadiens vont participer à la Course Alex Decoteau, un tronçon de 5 km de la Course de coquelicots de 16 km qui a lieu dans les champs de bataille historiques de Passchendaele en Belgique. L’événement compte parmi beaucoup d’autres qui se tiennent en 2017 pour commémorer le centenaire de la bataille.

Mais qui était Alex Decoteau?

Alexander Wuttunee « Alex » Decoteau est né le 19 novembre 1887, dans la réserve de Red Pheasant, située dans ce qui est maintenant la province de la Saskatchewan. Son père, Peter Decoteau, un Cri, avait combattu pendant la bataille de Cut Knife Hill, lors du conflit entre les forces du gouvernement canadien et les Métis et Premières Nations concernant des revendications territoriales et des questions liées aux traités, deux ans avant la naissance de son fils.

Le jeune Decoteau est devenu le premier policier autochtone du Canada lorsqu’il s’est enrôlé dans la Police d’Edmonton en 1911, en qualité de constable. Il a aussi été l’un des premiers policiers à motocyclette de la ville. Reconnu pour ses prouesses athlétiques, notamment comme champion sur piste et coureur de fond, il a représenté le Canada aux Jeux Olympiques d’été de 1912, tenus à Stockholm, où il s’est classé 6e au 5 000 mètres.

Pendant la Première Guerre mondiale, il a quitté Edmonton pour servir dans l’Armée canadienne – qui s’appelait à l’époque le Corps expéditionnaire canadien. Il s’est enrôlé en avril 1916 comme soldat du 202e Bataillon d’infanterie, surnommé le « Bataillon des sportifs d’Edmonton » en raison du grand nombre d’athlètes locaux qui se sont joints à l’unité. Il a été transféré au 49e Régiment d’Edmonton, et il est arrivé en Europe l’année suivante.

Le soldat Decoteau n’a jamais cessé de s’entraîner et de faire des compétitions d’athlétisme pendant qu’il était stationné à l’étranger. Après avoir gagné une course de 5 miles à Salisbury (Angleterre), le Roi Georges V, qui présidait l’événement, a remis au sdt Decoteau sa montre de poche personnelle en or quand l’arrivée du trophée désigné s’est fait attendre. Decoteau chérissait cette montre et il l’apportait partout.

En mai 1917, le régiment du sdt Decoteau a été envoyé en France. Là, ses capacités athlétiques lui ont sans doute été bénéfiques puisqu’il a servi comme messager dans les tranchées.

Dans une lettre adressée à la sœur Emily, en septembre 1917, le sdt Decoteau décrit les hauts et les bas de sa vie en Europe, se souvient de ses camarades et dit s’ennuyer quelque peu de chez lui. « Nous passons bien des heures à parler du bon vieux temps et à souhaiter être de retour chez nous », écrivait‑il. « Malgré le fait que nous soyons utilisés de façon très décente par les Français, on ne se le cachera pas, notre Canada bien-aimé nous manque cruellement. »

Toutefois, le sdt Decoteau a admis que « nous avons aussi beaucoup de plaisir. Il n’y a pas que des difficultés et de la solitude. » Il faisait allusion au fait que certains de ses frères d’armes pourraient avoir souffert de troubles de stress post-traumatique, qu’on appelait alors « traumatisme lié au bombardement » : « Bien sûr, il y en a beaucoup qui souffrent de traumatisme lié au bombardement ou de dépression nerveuse, et ils ne peuvent pas se battre contre la peur, mais la plupart des gars ont un bon sens de l’humour et ils peuvent rire d’à peu près n’importe quoi. »

Le mois suivant, en octobre 1917, le sdt Decoteau et ses camarades canadiens ont été envoyés en Belgique, pour relever les forces d’Australie et de Nouvelle‑Zélande et prendre part au dernier assaut pour prendre Passchendaele. Dirigée par le commandant du Corps canadien, le lieutenant‑général Arthur Currie, l’offensive canadienne a commencé le 26 octobre. Les Canadiens ont atteint la périphérie de Passchendaele vers la fin de la deuxième attaque, le 30 octobre, sous un orage violent.

C’est pendant cette offensive que le sdt Decoteau a malheureusement péri sous la balle d’un tireur embusqué, moins de deux semaines avant son 30e anniversaire. Certains disent, mais cela n’a pas été confirmé, que le tireur allemand qui l’a tué avait pris sa montre de poche et que les camarades du sdt Decoteau ont descendu le tireur plus tard et récupéré la montre pour l’envoyer chez lui, à sa mère.

Le sdt Decoteau est enterré au cimetière au nouveau cimetière britannique de Passchendaele près de Zonnebeke (Belgique), aux côtés de 649 autres soldats canadiens tombés au combat.

Ses réalisations ont largement été passées sous silence jusqu’au milieu des années 1960, lorsqu’un policier d’Edmonton a découvert une vieille coupure de presse et qu’il a commencé à faire des recherches. Depuis, on a rendu hommage au policier devenu soldat à diverses occasions, plus particulièrement en Alberta. Un parc au centre-ville d’Edmonton a été nommé en son honneur, et il est mis en vedette dans une bande dessinée créée par le Service de police d’Edmonton.

En 1985, des représentants de la première nation de Red Pheasant, des anciens combattants des Premières Nations, des Forces armées canadiennes et du Service de police d’Edmonton ont pris part à une cérémonie visant à faire revenir de Belgique l’esprit du sdt Decoteau.

Bien qu’elle ait été interrompue trop tôt, avant son 30e anniversaire, la vie du sdt Decoteau a été jalonnée de réalisations remarquables, culminant avec son sacrifice ultime pour son pays. Son héritage est perpétué grâce à la Course Alex Decoteau, qui aura lieu en Belgique en novembre cette année, soit un siècle après sa mort.

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