Une artiste revit sa propre « quête du Souvenir »

Article / Le 3 novembre 2017 / Numéro de projet : 17-0096

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Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

Longview (Alberta) — Lorsqu’elle était enfant, le plus près que Deanna Lavoie, une artiste installée en Alberta, a été du monde militaire a été lorsqu’elle regardait ses frères jouer aux soldats. Elle a cessé de prendre des cours d’histoire en 11e année, soit celle où ils ne sont plus obligatoires. Ce faisant, elle a raté l’occasion d’étudier les Guerres mondiales.

« Il n’y avait aucun militaire dans ma famille », se souvient-elle. « J’ai souligné le Jour du Souvenir, j’ai porté mon coquelicot. Je faisais ce qu’il fallait, sans vraiment bien comprendre de quoi il était question. »

Cette diplômée de l’Alberta College of Art and Design a ultérieurement comblé cette lacune de façon magistrale grâce à une œuvre appelée The Journey to Remembrance, mais seulement après une quête personnelle marquante.

Lorsque Mme Lavoie est devenue adulte, la rencontre avec un étranger laissait présager l’émergence des thèmes militaires dans ses œuvres.

« Je suis partie en voyage avec mon sac à dos en Europe et j’ai visité le camp de concentration de Dachau. Ce fut toute une expérience à 19 ans. Nous avons rencontré une Australienne qui a dit qu’elle voulait vraiment se rendre à Gallipoli, car certains de ses ancêtres avaient combattu là‑bas. Je n’avais jamais entendu parler de cet endroit, et je ne comprenais pas pourquoi quelqu’un voudrait visiter un champ de bataille à cet âge. »

La campagne de Gallipoli, un moment charnière de la Première Guerre mondiale pour les Australiens et les Néo‑Zélandais, qui ont opposé leurs forces (avec les forces britanniques) à celles de l’Empire Ottoman Empire dans le but de prendre Constantinople (maintenant Istanbul) en passant par la péninsule de Gallipoli en Turquie.

Cette campagne avait une grande importance pour Murray Sinton, un officier à la retraite de la Marine néo‑zélandaise que Mme Lavoie allait rencontrer et épouser plus tard.

« Le premier film que nous avons regardé ensemble, c’est Gallipoli, » souligne‑t‑elle en faisant référence à la dramatisation de 1981 mettant en vedette Mel Gibson. « Le grand père de Murray, James Sinton, a combattu à Gallipoli. Il a fait la guerre pendant 4 ans, et il a vécu jusqu’à 101 ans. Non seulement mon mari est-il un ancien combattant, mais son père et six de ses oncles le sont également. »

Le couple a vécu en Australie de 2010 à 2013, et c’est durant cette période que Mme Lavoie  a créé A Minute Silence. Choisie comme finaliste au prix d’art de Gallipoli de l’Australie en 2013, l’œuvre est constituée de multiples panneaux pliants en forme de pierre tombale. Le tableau en acrylique sur canevas comprend des portraits de James Sinton dans sa jeunesse et vers la fin de sa vie.

« On a le jeune homme », explique Mme Lavoie, « il est excité de partir à la guerre. Il ne pense probablement même pas à la guerre – il part à l’aventure. Puis on a l’homme de 101 ans qui porte ses médailles. Nous sommes tous comme ça d’une certaine mesure. Quand on est jeune, on ne connaît rien à rien, mais nous comprenons au fur et à mesure que nous vieillissons. »

Elle a des souvenirs marquants de sa participation à la Journée commémorative de l’ANZAC, un événement commémoratif commun à l’Australie et la Nouvelle‑Zélande qui se tient tous les ans, le 25 avril.

« Le fait d’être entourée de personnes qui ont un bagage militaire et de comprendre leur histoire militaire, ça m’a estomaquée », affirme Mme Lavoie.

Après être retournée au Canada avec son mari en en 2013, Mme Lavoie a ressenti un besoin irrépressible de commémorer de façon semblable les sacrifices de ses concitoyens canadiens. En 2015, elle a commencé ce qui allait devenir The Journey to Remembrance.

Actuellement prêté aux Musées militaires de Calgary, le tableau grandeur nature (qui fait six pieds par cinq pieds et qui a pris presque un an à faire) montre un trio de soldats fantomatiques qui marchent dans un vaste champ de coquelicots qui s’étend jusqu’à l’horizon.

L’adjudant Susan Endean, du Centre météorologique interarmées des Forces canadiennes à Oromocto (Nouveau‑Brunswick) et amie de longue date de Mme Lavoie, affirme que le tableau a un effet puissant.

« Il a eu un effet remarquablement profond sur moi, même après 20 ans de service », souligne‑t‑elle. « Le soin et le détail de cette peinture qui a nécessité 10 mois de travail me couple le souffle. Elle en dit long sur les sacrifices consentis, mais elle réussit tout de même à conférer un sentiment de paix et d’acceptation. Je n’ai jamais été émue d’une telle façon par une œuvre d’art avant cela. »

Il y a des nuages dans le ciel, ce qui suggère les éléments tragiques du conflit, mais le soleil fait une percée.

« En fait, quand j’ai commencé, mon ciel était entièrement différent », indique Mme Lavoie. « il était très sombre, il n’y avait aucun soleil. Il fallait donner ce sentiment d’espoir. Pour chaque événement horrible, il doit y avoir un gain positif. »

Les autres œuvres de Mme Lavoie, qui comprennent des illustrations plus douces d’enfants et de la nature, peuvent sembler à première vue comme un contraste marquant avec ses études sans fard des conflits, mais elle y voit un lien clair.

« Ces hommes et ces femmes se battaient pour ces enfants. En définitive, le sacrifice est fait pour faire en sorte que c’est ce qui continue de se produire, c.‑à‑d. que les enfants grandissent et vivent une vie comme celle que les enfants doivent connaître. Quand j’y songe, c’est ainsi que je vois le lien entre les deux. »

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