
Ces articles occasionnels paraissent dans une collection appelée JADEX en l'honneur du légendaire Général Jacques Alfred Dextraze CC, CMM, CBE, DSO, CD, LL.D. de l'Armée canadienne, que ses soldats appelaient affectueusement 'Mad Jimmy' et plus tard, simplement 'JADEX'. Né le 15 août 1919, Jacques Dextraze s'enrôle comme simple soldat dans l'Armée canadienne en 1940. Trente-sept ans plus tard, à la fin de sa carrière militaire, il détiendra le grade de général et occupera le poste de Chef de l'état-major de la Défense. Lire la suite...
L’armée de terre du canada s’est dotée de services de renseignement il y a presque un siècle, mais le truisme selon lequel « la façon dont nous définissons ce que nous pensons être en train de faire quand nous recueillons des données de renseignement détermine la façon dont nous nous y prenons » influe sur le genre de données de renseignement dont elle dispose aujourd’hui. Le canada a d’abord utilisé un modèle britannique du renseignement, où le renseignement constitue une forme particulière d’information, puis il est passé à un modèle d’information américain, où l’information constitue une composante particulière du renseignement. Cependant, la promesse des technologies de l’information et la révolution dans les affaires militaires (ram) ont orienté l’armée de terre du canada dans une autre direction au milieu des années 1990 : elle a alors subordonné le renseignement aux opérations d’information et au concept istar (renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance) dans sa pensée doctrinale. Par conséquent, une approche du renseignement axée sur la gestion de l’information a dominé. En revanche, on a négligé la dimension du renseignement se rapportant au savoir, plus particulièrement dans le domaine du renseignement de base et dans celui de l’acquisition d’une expertise du théâtre d’opérations par les analystes du renseignement.
Les expériences vécues par l’armée de terre du canada après la guerre froide ont entraîné une série de nouveautés dans l’emploi du renseignement pour soutenir les opérations terrestres et elles commencent à peine maintenant, au bout de 15 ans, à influer positivement sur la structure du renseignement dans l’armée de terre. Cependant, à cause de l’absence de solides fondements conceptuels, l’armée de terre s’est organisée conformément à sa conception axée sur la gestion de l’information et elle a donc négligé de jeter les bases du système de renseignement fondé sur les connaissances dont elle a besoin pour fonctionner dans le cadre des opérations complexes qu’elle envisage de mener dans l’avenir. En se concentrant sur une doctrine du renseignement expressément liée à l’emploi de la force, l’armée de terre a écopé dans les domaines de la mise sur pied des forces et de la préparation au déploiement dans le théâtre d’opérations.
Afin de s’orienter en fonction du xxie siècle, l’armée de terre doit, en matière de renseignement, délaisser le modèle axé sur la gestion de l’information et en adopter un qui repose plutôt sur la gestion du savoir, en mettant l’accent sur l’intégration dans un cadre interarmées, interorganisationnel, multinational et public (iimp) pour fonctionner aux niveaux opérationnel et tactique, et en s’appuyant sur les données de renseignement d’appréciation de base à jour nécessaires pour favoriser non seulement l’emploi de la force mais aussi la mise sur pied des forces et la préparation concernant le théâtre.
Le présent document présente l’utilisation du concept d'autorité de campagne comme cadre afin de faciliter la conception opérationnelle au cours de l’établissement de la légitimité d’une campagne. Peaufiné au cours des 30 dernières années, le processus de conception opérationnelle sert à élaborer des plans de campagne ayant pour but d'atteindre les états finaux souhaités. Pour ce faire, on utilise de nombreux concepts et outils, dont l’un des plus importants est l’approche manoeuvrière, qui a pour but d’obtenir un avantage psychologique sur l’adversaire. Par suite du déclin de la guerre froide, on a redécouvert que les campagnes se déroulent dans des environnements complexes et qu’elles nécessitent une approche partagée par plusieurs organismes afin d’atteindre les états finaux établis. Le rôle des publics (personnes et groupes) a une grande incidence sur la conduite d’une campagne réussie, même dans le cas d’une guerre conventionnelle. Par conséquent, les perceptions qu’ont ces publics de la légitimité générale d'une campagne sont primordiales pour atteindre l’état final, particulièrement lorsque ces publics forment le centre de gravité de la campagne. Plusieurs campagnes ont échoué par manque de légitimité aux yeux de divers publics. Il n’existe pourtant pas d'outil dans le processus de conception opérationnelle qui permette d’officiellement tenir compte, d’établir et d’évaluer le niveau de légitimité perçue. Le concept d’autorité de campagne, qui a tout d’abord été établi dans la doctrine de maintien de la paix du Royaume-Uni, fournit un cadre et complète l’approche manoeuvrière ainsi que d'autres éléments de l'art opérationnel. Le concept permet d'établir la légitimité et de l’évaluer selon quatre dimensions : mandat, conduite de la campagne, satisfaction des attentes et consentement donné par les publics touchés (nationaux, régionaux ou étrangers). Dans le présent document, nous recommandons que le concept d’autorité de campagne soit adopté à titre de cadre pour l’établissement de la légitimité au cours du processus de conception opérationnelle.
Dans l'Armée de terre canadienne, la structure réduite des forces affecte l'application des principes alliés de « modularité », et il est donc nécessaire d'adopter une approche rigoureuse à cet égard pour mieux préserver la stabilité des capacités interarmes au niveau de l'unité, tout en diminuant les problèmes de reconfiguration avant le déploiement d'une force expéditionnaire. L'élément de base fondamental d'une structure modulaire devrait être le groupement tactique multifonctionnel et autosuffisant, conçu sur mesure pour atteindre des objectifs tactiques décisifs.
En plus de la nécessité de bien relier techniquement les divers éléments constitutifs de la force, il est primordial de considérer « l'interconnectivité » de l'unité. On doit continuer à mettre l'accent sur l'instauration d'un climat propice au commandement de mission, en misant sur la confiance, la cohésion et les objectifs communs, tant au sein d'une force nationale que d'une force de la coalition.
Pour vaincre sur les futurs champs de bataille complexes et dispersés, il faudra établir au Canada une force terrestre modulaire bénéficiant d'une meilleure connectivité technologique, et faire en sorte que les réseaux humains indispensables reposent sur la confiance, des vues communes et l'expérience. En analysant les nouveaux concepts relatifs au champ de bataille et les aspects essentiels à l'instauration d'un climat de commandement de mission efficace, le présent document réitère la nécessité pour le Canada de concentrer les efforts sur l'application d'un concept modulaire cohérent à deux niveaux importants, c'est-à-dire le groupement tactique (GT) interarmes dans son ensemble, et la structure de commandement du QG au niveau de la formation au sein de la Force terrestre.
Tout au long de l’histoire, la conduite de la guerre a été profondément influencée par les sciences et la technologie. Le radar, la radio, les ordinateurs, les lasers, les satellites GPS, les fusils, l’artillerie, les chars – tous ces produits de la technologie militaire du 20e siècle et bien d’autres encore peuvent retracer leur origine au moins en partie à la recherche scientifique, technologique et technique. Les investissements dans les sciences et la technologie ont bien servi l’Armée et continueront d’être le pilier essentiel du maintien des capacités supérieures de la Force terrestre à mener la guerre. Les recherches scientifiques et technologiques seront encore plus influentes au 21e siècle qu’elles ne l’ont été tout au long du 20e siècle.
Bien qu’il soit impossible de prédire l’avenir, l’étude des principaux facteurs qui contribuent au changement permet quand même d’identifier certaines des possibilités générales qui s’annoncent. Les possibilités négatives constituent un avertissement, alors que les possibilités positives peuvent révéler des occasions qui devraient être explorées activement, permettant ainsi de modeler l’avenir. Bien que les opinions divergent quant aux principaux moteurs des changements futurs, il y a parmi ceux qui étudient l’avenir un consensus généralisé selon lequel la technologie est le principal instrument d’habilitation du changement social. Par conséquent, il est impératif de surveiller et de comprendre les tendances actuelles et en émergence en sciences et technologie, compte tenu de leur statut reconnu de principaux moteurs du changement.
Paradoxalement, malgré l’analogie générale entre l’étude de l’avenir et la planification militaire, les professionnels militaires consacrent très peu d’effort à l’étude de l’avenir. En tant que premier pas vers l’amélioration de cette situation, et compte tenu de la diversité des changements mondiaux au cours du 21e siècle, les moteurs, les tendances et les technologies abordés ici ont une vaste portée, visant tant les systèmes militaires que les systèmes commerciaux et leur incidence potentielle sur la société et les forces armées. Le présent document démontrera que le manque à investir dans les activités de développement en vue de parer aux menaces potentielles habilitées par l’assaut des technologies avancées disponibles dans le commerce constitue un grave risque pour les opérations terrestres de demain.